Quels sont les facteurs qui vous garantissent des vacances réparatrices ? Voici quelques conseils basés sur des recherches pour savoir que faire durant vos vacances (et combien de temps) et qui risquent de remettre en cause vos habitudes.

Cet article a été originellement publié le 20 décembre 2016 par Alex Soojung-Kim Pang sous le titre The secrets to a truly restorative vacation

Image credit: Jason Travis

La plupart d’entre nous croient que le meilleur moyen de récupérer notre énergie consiste prendre de longues vacances tranquilles. C’est comme si nous avions un réservoir d’énergie mentale que nous consommons progressivement au travail, et que nous avons de temps loin du travail pour le remplir. Selon cette théorie, plus nos vacances sont longues, mieux c’est. Mais c’est aussi une raison pour laquelle nous ne partons pas de vacances du tout : pour beaucoup de gens, l’idée de quitter le bureau une semaine complète ou plus semble impossible, et penser à la montagne de travail qui les attendra à leur retour se révèle plus stressante que ne jamais partir.

Mais il y a des coûts réels à ne pas prendre de vacances. L’étude du cœur de Framingham (Framingham Heart Study) a suivi des femmes dans une ville du Massachusetts pendant plus de 20 ans, et a constaté que les femmes qui prennent des vacances peu fréquentes avaient plus de chance de faire des crises cardiaques que celles qui en prennent régulièrement. Dans une autre recherche (référence manquante), les chercheurs ont suivi 12000 à risque élevé de maladie coronarienne pendant 9 ans et mis en évidence que ceux qui prennent des vacances annuelles avaient moins d’attaque cardiaque et des taux de mortalité inférieur à ceux qui n’en prennent pas. De plus, il a été prouvé que les travailleurs qui ne prennent pas de vacances ont de plus grandes chances de faire un burnout, de se sentir émotionnellement épuisé par un travail et de ne jamais se sentir à la hauteur de gérer des demandes professionnelles. Pour rappel, le burnout peut créer des problèmes au sein du mariage et de la famille ainsi que contribuer à la dépression, à une détérioration de la santé et – cas extrême –au suicide.

Pour les personnes qui font face à beaucoup d’incertitudes dans leurs métiers, avoir des expériences de maitrises durant leurs vacances peut être particulièrement important.

Avant de prendre des vacances, cependant, il vaut la peine de se demander quelles vacances permettent la meilleure récupération. Pendant 20 ans, la sociologue Sabine Sonnentag de l’université de Konstanz en Allemagne a exploré cette question avec plusieurs collaborateurs. Ils croient qu’il y a quatre facteurs majeurs qui contribuent à faire que des vacances soient récupératrice : la détente, le contrôle, des expériences de maitrise et un détachement mental du travail. Les coupures proposant un haut degré dans les quatre facteurs sont équivalentes à des repas nutritifs et nourrissants; les autres sont comme des calories vides (haut en calories et faible en nutriments).

Des quatre facteurs, la détente est le plus simple à comprendre; il s’agit d’avoir des activités plaisantes et peu exigeantes, ou comme le définissent Sonnentag et sa collaboratrice Charlotte Fritz : « un état de faible activation et effet positif accru ». La détente ne doit pas être totalement passive, mais une activité de détente ne devrait pas ressembler à du travail ou demander beaucoup d’effort.

Le contrôle et les expériences de maitrise sont plus intéressants. Dans le contexte de récupération, le contrôle signifie avoir le pouvoir de décider comment dépenser son temps, énergie et attention. Pour les personnes qui ont peu de contrôle sur ce qui arrive au travail et dont l’emploi du temps est rempli de devoirs familiaux et tâches ménagères, pouvoir contrôler leur temps durant leurs coupures peut être libérateur et réparateur.

Les expériences de maitrise sont des choses engageantes et intéressantes que vous faites bien. Elles sont souvent stimulantes, mais cela les rend mentalement prenantes et d’autant plus méritoire qu’elles sont bien exécutées. (Elles rendent aussi votre vie plus significative ; le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi a trouvé que les gens qui recherche le « flow » (1) à travers des activités difficiles mais valorisantes sont plus heureux et ont des vies plus satisfaisantes que les personnes qui recherchent des plaisirs sybaritiques (2). Pour les personnes qui ont un travail avec beaucoup d’incertitudes, avoir des expériences de maitrise durant leurs vacances peut être particulièrement important. Durant la Seconde Guerre Mondiale dans le Bletchley Park (Angleterre), par exemple, les échecs étaient un passe-temps très populaire parmi les casseurs de code. Les responsables de la section Enigma ont joué dans l’équipe nationale britannique et ont recruté ses joueurs en pensant que le jeu nécessitait les compétences mentales nécessaires pour la cryptanalyse. En même temps, jouer aux échecs était une expérience récupératrice car c’était absorbant et donc relaxant. De plus, les parties ont permis aux casseurs de code d’exercer une maitrise.

Après un mois, les effets de vacances disparaissent, et les participants sont aussi heureux – ou misérable – qu’ils l’étaient en partant.

L’important du détachement psychologique par rapport au travail, le quatrième facteur, fut observé pour la première fois par les sociologues israéliens Dalia Etzion, Dov Eden et Yael Lapidot dans une étude sur des travailleurs avant et après leurs services annuels dans l’armée israélienne. La plupart des israéliens adultes doivent servir à temps plein jusqu’à la fin de leurs études secondaires. Ensuite, ils continuent en tant que réservistes, servant quelques semaines chaque année. Les réservistes ont été interrogé sur leur niveau d’engagement et d’énergie au travail après leur période, il en ressort que les taux de stress au travail et d’épuisement sont nettement inférieur après leurs déploiements qu’avant. En fait, leurs résultats ressemblent exactement à ceux des personnes qui reviennent de vacances. Cela semble contre-intuitif mais les chercheurs d’autres pays ont observé le même phénomène. Même si cela peut être difficile sur le plan physique et mental, le service de réserve offrait un répit au stress routiniers des emplois civils.

Le détachement nécessite aussi d’être capable de se libérer des interruptions liées au travail. Les salariés qui ont leurs smartphones ou autres appareils hors de leurs heures de travail ou qui doivent rester en contact avec leurs bureaux durant les vacances montrent de plus haut niveau de stress et de conflits familiaux-professionnels. Une étude du niveau de cortisol (3) sur les salariés de centre d’appels montre une différence négligeable de leur niveau de stress et de vigilance entre les phases d’appels et les phases d’attente. De même, les taux de récupérations sont plus faibles pour les personnes qui s’inquiètent de leur travail dans leurs heures de repos ont des taux que pour les autres.

Dans leur étude sur les réservistes israéliens, Etzion, Eden et Lapidot ont remarqué quelque chose d’autre concernant le bonheur des sujets à leurs retours au travail. Après un mois, les effets de vacances disparaissent, et les participants sont aussi heureux – ou misérable – qu’ils l’étaient en partant. Les psychologues ont depuis découvert que cela s’applique même pour les meilleures vacances : les bénéfices ne durent pas très longtemps. Quand l’humeur, l’énergie, l’engagement and le bonheur sont mesurés sur des salariés avant et immédiatement après leurs vacances, puis les semaines et mois suivants, les psychologues ont trouvé que les bénéfices émotionnels ne durent que 3 à 4 semaines. Pour les perfectionnistes et les bourreaux de travail, c’est encore plus rapide.

Cela amène une autre question : à quel moment des vacances à lieu le pic de bonheur ? Quand les psychologues demandent aux gens comment ils se sentent durant les vacances, les réponses montrent que le niveau de bonheur augmente rapidement durant les premiers jours, plafonne vers le 8e jour puis stagne ou décline. Tandis que les vacances de 2 ou 3 semaines possèdent des avantages – par exemple : voyager plus loin et passer plus de temps au contact d’autres cultures – cela ne se traduit pas nécessairement par un plus grand bonheur. Par conséquent, plutôt que considérer les vacances comme de gros événements annuels qui sont complétement séparés de nos vies professionnelles, prendre des vacances plus courtes mais plus fréquemment peut offrir de meilleurs niveaux de récupération. Comme le dit la psychologue Jessica de Bloom, chercheur à l’université de Tampere en Finlande : les pauses sont comme le sommeil, vous devez en avoir régulièrement pour avoir un impact positif.

Il s’agit d’un extrait adapté de “Rest: Why You Get More Done When You Work Less” de Alex Soojung-Kim Pang

A propos de l’auteur : Alex Soojung-Kim Pang est un consultant senior chez Strategic Business Insights à Menlo Park, California, ainsi qu’un chercheur invité à l’université de Stanford. Il est aussi l’auteur de “The Distraction Addiction “ en 2013 et “Rest: Why You Get More Done When You Work Less” en 2016.

Références

1 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Flow_(psychologie)

2 : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/sybarite/76010

3 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cortisol